Pourquoi les chiens de chasse sont-ils particulièrement touchés par l’abandon ?
1. Une culture de l’animal outil encore très présente
Dans de nombreux milieux de chasse, le chien est envisagé avant tout comme un outil de travail, un auxiliaire au service de la réussite du chasseur. Cette vision utilitariste prévaut souvent sur la dimension affective ou éthique de la relation à l’animal. Dès que le chien ne «perform» plus selon les attentes (âges, maladies, peurs, fatigue, mauvais apprentissage), il n’est plus jugé "utile". Il s’avère alors fréquent que certains propriétaires choisissent l’abandon, parfois même sans malveillance consciente, sous prétexte que "le chien sera utile ailleurs".
2. Les conséquences du tri et du renouvellement des meutes
Beaucoup de chasseurs élèvent eux-mêmes leurs chiens et pratiquent un tri strict des chiots : seuls ceux qui manifestent très tôt des qualités recherchées (odorat, endurance, docilité) sont gardés. Les autres sont «écartés» – parfois revendus, parfois donnés, trop souvent jetés. Selon la SPA, 1 chien sur 3 issus d’élevages de chasse ne trouverait pas de foyer définitif (source : SPA France).
À chaque nouvelle saison, certains chasseurs se séparent des chiens dits «inutiles» pour introduire du sang neuf dans leur meute, augmentant d’autant le flot d’abandons.
3. Les accidents de la vie et la perte d’utilité
- Vieillissement : Un chien trop âgé pour suivre le rythme est fréquemment délaissé. Certains témoignages recueillis par L’association Galgos France rapportent des portées entières laissées sur le bord des routes après leur septième ou huitième année.
- Blessures ou maladies : Chiens blessés durant la chasse ou souffrant de maladies chroniques abandonnés faute de moyens ou de volonté de soigner.
4. Un manque d’affection et d’éducation à la "vie de famille"
Le chien de chasse vit souvent à l’écart : chenils collectifs, absence de socialisation avec l’humain ou la ville. Résultat, ils développent parfois une extrême méfiance ou une anxiété, qui rendent leur adoption ultérieure plus complexe (source : Fondation Assistance aux Animaux). Beaucoup de nouveaux maîtres ne sont pas préparés à accompagner ces chiens traumatisés dans leur adaptation à la vie domestique.
5. Un faible contrôle des portées et des ventes
Il subsiste dans certains départements une tradition de reproduction intense, sans identification électronique systématique (même si elle est obligatoire), ni traçabilité. Résultat : les portées non souhaitées finissent souvent à la rue ou en refuge (France Bleu).