Pourquoi certaines races sont-elles plus touchées par l’abandon ?

Chaque année, en France, entre 80 000 et 100 000 animaux de compagnie sont abandonnés. Parmi eux, les chiens de certaines races semblent malheureusement plus vulnérables que d’autres à l’abandon, et pas seulement en période estivale. Comprendre ce phénomène, c’est déjà avancer pour mieux le combattre, mais aussi pour mieux accompagner les futurs adoptants et donner à chaque chien une chance d’être aimé pour la vie.

Plusieurs facteurs expliquent cette fragilité accrue : effets de mode, idées reçues, méconnaissance des besoins, mais aussi caractéristiques comportementales ou physiques spécifiques à ces races. Dans cette analyse, l’objectif n'est jamais de stigmatiser une race, mais de pointer les endroits où la vigilance et l’accompagnement doivent être renforcés.

Les chiffres méconnus de l’abandon canin selon la race

Selon la Société Protectrice des Animaux (SPA), près de 60% des chiens recueillis chaque année en refuge sont des animaux « de race » ou type morphologique identifiable. Or, toutes les races ne sont pas représentées de la même manière.

  • Les chiens de chasse (beagles, setters anglais, épagneuls): représentent près de 30% des chiens retrouvés dans les refuges saison estivale confondue (SPA).
  • Les chiens catégorisés “dangereux” (staffordshire bull terrier, american staff, rottweiler): ils constituent jusqu’à 20% des chiens abandonnés malgré leur faible proportion globale en population canine (Animaux-Online).
  • Les chiens brachycéphales (bouledogues français, carlins): le nombre de ces chiens abandonnés a triplé entre 2017 et 2022, particulièrement dans les grandes villes (30 Millions d’Amis).
  • Les grands chiens de type molossoïde (dogue allemand, mastiff, cane corso): leur souffrance face à l’abandon reste sous-représentée dans les statistiques, mais les refuges alertent sur leur délaissement croissant, souvent dû à la méconnaissance de leurs besoins.

Le choix de la race n’est donc pas neutre : certains chiens, nés pour vivre intensément auprès de l’humain, deviennent tragiquement invisibles dès lors que les circonstances changent.

Ces races qui paient le prix fort de leur popularité

L’effet de mode a un impact massif sur le sort de certains chiens. Lorsqu’une race devient tendance, les abandons grimpent inexorablement dans les années suivantes.

Bouledogue français : du podium à la solitude

Parmi les races les plus emblématiques de l’abandon lié à la mode, le bouledogue français arrive tristement en tête. Ces dernières années, il s’est hissé sur le podium des chiens les plus adoptés en France mais aussi… les plus abandonnés.

  • En 2022, plus de 15% des chiens recueillis dans certains refuges parisiens étaient des bouledogues français.
  • Ces chiens souffrent souvent de multiples problèmes de santé (essoufflement, allergies cutanées, problèmes respiratoires), rendant parfois leur entretien coûteux et exigeant pour les familles mal informées au moment de l’adoption (30 Millions d’Amis).

Chihuahua, Spitz nain : les pièges du “petit gabarit”

On les imagine faciles à vivre et peu encombrants, mais les chiens miniatures font partie des plus abandonnés en zone urbaine. Souvent achetés sur un coup de cœur ou pour répondre à la tendance du “dog-accessoire”, leur énergie débordante, leur besoin d’attention et parfois leur caractère affirmé surprennent les adoptants peu préparés.

  • En 2019, près de 8% des chiens abandonnés recueillis dans les refuges franciliens appartenaient à des races miniatures (La Dépêche).

Les chiens de chasse : les oubliés de l’après-saison

Peu de sujets suscitent autant de silence que celui des chiens de chasse abandonnés massivement après la saison de chasse.

  • Chaque année, 20 000 à 25 000 chiens de chasse sont recueillis par les refuges entre février et mai (20 Minutes).
  • Parmi les plus touchés figurent le setter anglais, l’épagneul et le beagle, souvent écartés car jugés “peu performants”.

Dès lors qu’ils ne servent plus, ils deviennent des indésirables. Or, beaucoup de ces chiens ont un tempérament doux, sociable, et s’adaptent très bien à la vie de famille. Leur abandon massif révèle surtout un manque de valorisation de leur potentiel en dehors de la chasse.

Les chiens catégorisés, victimes de préjugés et de la législation

Staffies, American staffs, rottweilers ou bull-terriers : ces races dites “catégorisées” subissent un double préjudice.

  1. La loi de 1999 oblige tout détenteur à se soumettre à des restrictions et formalités plus lourdes, ce qui décourage ou pousse certains propriétaires à l’abandon en cas de changements de situation familiale, déménagement, ou simple méconnaissance de la législation (Service Public).
  2. La crainte infondée d’une dangerosité systématique alimente leur stigmatisation, alors que la majorité sont des chiens sociables, équilibrés et dévoués à leurs familles.

Résultat : ils restent parfois de longs mois, voire des années, en refuge. Un staffordshire bull terrier met en moyenne deux fois plus de temps à retrouver une famille que la plupart des autres races (source : Fondation 30 Millions d’Amis).

Les grands gabarits : rêve de puissance, réalité complexe

Dogue allemand, cane corso, berger d’Anatolie… Ces races puissantes ont souvent séduit pour leur prestance et leur rôle de protecteur, mais se retrouvent fréquemment à l’adoption faute de place, ou de moyens financiers pour subvenir à leurs besoins.

  • En 2021, la SPA a constaté une augmentation de 27% des abandons de grands chiens par rapport à l’année précédente.
  • Motifs principaux : déménagement, séparation, évolution de la situation professionnelle ou…simple difficulté à gérer la force et l’énergie de ces animaux.

Il y a là une vraie nécessité à éduquer et soutenir les familles, bien en amont de l’adoption, pour éviter des situations qui se terminent trop souvent dans la tristesse de l’abandon.

Quand la santé et le comportement deviennent des freins à l’adoption pérenne

Certains chiens, toutes races confondues, paient leur sensibilité au prix fort. Il peut s’agir de races prédisposées à des maladies, ou dont les besoins spécifiques sont mal anticipés :

  • Brachycéphales (bouledogue anglais, carlin, shih-tzu) : problèmes respiratoires ou dermatologiques chroniques, parfois coûteux à traiter.
  • Bergers australiens et border collies : chiens à très forte énergie, intelligents mais qui demandent beaucoup de stimulation mentale et d’activité physique. L’ennui ou un cadre de vie inadapté entraîne rapidement hyperactivité, anxiété et parfois agressivité, ce qui conduit à l’abandon quand les familles se sentent dépassées.
  • Chow-chow, akita inu : chiens indépendants, méfiants envers l’inconnu ou les enfants, ce qui, faute d’information et de socialisation, peut déboucher sur des incompatibilités familiales non anticipées.

Boules de poils hypoallergéniques, labradors guides d’aveugle… quand le mythe nuit au chien

Certaines races paient aussi le succès de mythes persistants. Par exemple :

  • Les labradors et golden retrievers sont souvent promus pour leur “docilité”, mais ce sont des chiens très dynamiques qui souffrent de solitude et peuvent développer des troubles comportementaux importants s’ils sont sous-stimulés.
  • Les caniches, shih-tzu et bichons, vantés pour leur “hypoallergénicité”, se retrouvent abandonnés lorsque les familles découvrent que cela ne protège pas toujours de toute allergie, et que leur toilettage demande du temps et de l’argent.

Aucune race n’est magique : l’adoption d’un chien est un engagement solide, pas une promesse de simplicité.

Mieux choisir pour mieux protéger : pistes pour agir ensemble

Tandis que les refuges continuent d’accueillir des animaux issus de toutes les modes et de toutes les histoires, mobilisons-nous là où l’action compte :

  • S’informer avant d’adopter : Prendre le temps de rencontrer différents chiens, discuter avec des bénévoles, comprendre le tempérament réel de la race convoitée et ses besoins spécifiques (activité, alimentation, santé).
  • Se méfier des effets de mode : Éviter les achats impulsifs ou motivés par les réseaux sociaux.
  • Valoriser la mixité : Les chiens croisés sont souvent moins sujets à l’abandon pour des raisons de mode, et présentent moins de problèmes de santé.
  • Soutenir l’éducation des familles, demander de l’aide auprès de professionnels (éducateurs, vétérinaires, associations) dès les premiers signes de difficulté et ne pas attendre la rupture.
  • Interroger les refuges sur les profils difficiles à adopter : Offrir une famille aux chiens “invisibles” ou discriminés peut transformer positivement la vie d’un animal et celle de sa famille d’adoption.

Chacun de ces gestes est une petite victoire contre la fatalité de l’abandon. Multiplier l’information, accompagner sans juger, redonner une voix à ceux qu’on a oubliés… voilà comment, tous ensemble, nous pouvons inverser la tendance et œuvrer pour des adoptions vraiment responsables.

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